vendredi 16 juillet 2010

L'Europe se plaint du désintérêt d'Obama

José Manuel Barroso déplore «une occasion manquée» de renforcer la relation transatlantique.

L'Europe se languit de Barack Obama et, cette fois, elle le dit tout haut. La relation transatlantique «n'est pas à la hauteur de son potentiel» et il serait dommage que la présidence Obama reste «une occasion manquée», lâchait jeudi José Manuel Barroso dans les colonnes du Times de Londres, avec un franc-parler inhabituel.

Entre le Vieux Continent et le jeune président démocrate, le désenchantement paraît aussi massif que l'espérance suscitée par l'alternance à la Maison-Blanche il y a dix-huit mois. L'amertume du patron de la Commission de Bruxelles n'est qu'un dernier signe de cette aigreur. En février, l'institution européenne avait mal pris le fait que Barack Obama décline l'invitation à un sommet avec l'UE à Madrid. L'incident n'est d'ailleurs pas clos: le rendez-vous de rechange espéré pour novembre prochain à Lisbonne n'est toujours pas inscrit dans le calendrier européen…

Au-delà de ces mondanités que Washington juge inutiles, les rancœurs ne cessent de s'accumuler du côté européen. Les Vingt-Sept s'offusquent des leçons de croissance économique administrées par un pays qu'ils considèrent depuis 2008 comme le fauteur de crise. Presque jaloux, ils s'agacent de l'attention insistante que l'Administration Obama voue à la Russie et à la Turquie. Ils s'inquiètent de la complicité stratégique nouée avec le géant chinois. Le «G2», ou «Chinamérique», est un monstre qui hante les cauchemars de beaucoup d'eurocrates.

Dans le dernier épisode de la crise financière, le cavalier seul de l'Allemagne - partenaire économique de confiance pour les États-Unis - n'a pas contribué à calmer le jeu. Début mai, au plus fort des tourments de la Grèce et de l'euro, le président Obama s'inquiétait d'une contagion au dollar et sur Wall Street. Il a dû appeler Angela Merkel à deux reprises pour la pousser à circonscrire d'urgence l'incendie avec ses partenaires de l'UE.

José Manuel Barroso presse aujourd'hui la Maison-Blanche de ne pas douter de ses alliés traditionnels et de revenir vers eux. Construire une relation transatlantique plus forte, «ce n'est pas seulement définir les valeurs qui nous unissent, mais encore agir ensemble à l'échelle du monde», explique-t-il au Times. En filigrane, les Européens n'ont toujours pas digéré d'avoir dû compter les Américains comme adversaires durant le grand marchandage climatique de Copenhague et, six mois plus tard, lors du récent sommet économico-financier du G20 à Toronto.

L'Europe redoute l'isolement face aux puissances émergentes.
L'indifférence ou les lâchages prêtés à Obama ajoutent à l'appréhension. «Pour la première fois depuis 1945, nous avons un président américain qui n'éprouve pas d'intérêt pour ce qui se passe de ce côté-ci de l'Atlantique», a pu dire Denis MacShane, ancien ministre britannique des Affaires européennes. En privé, on s'en désole tout autant du côté français.

Cette dimension personnelle exposée, l'impatience manifestée par le président de la Commission européenne est propre aux institutions qu'il représente. Barack Obama snobe l'UE, c'est vrai. Mais la densité de la relation euro-américaine s'exprime dans une variété de forums qui ne fonctionnent pas plus mal depuis qu'il occupe le bureau ovale: l'Otan pour la sécurité collective et l'Afghanistan, le FMI, l'OCDE et la BRI face à la crise ou encore les quartettes et autres formats 6+1 sur les sujets les plus chauds comme le Proche-Orient et l'Iran.

Ce n'est pas non plus trahir un secret de l'UE que d'observer que José Manuel Barroso lance un pavé dans la mare au moment précis où d'autres responsables européens s'apprêtent à rivaliser avec lui sur le terrain de la diplomatie européenne. Grâce au feu vert du Parlement, la haute représentante Catherine Ashton va bientôt embaucher pour un Service d'action extérieure qui doit compter jusqu'à 6000 diplomates, experts civils et militaires. Elle parle déjà un peu plus fort.

De son côté, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, prépare pour la rentrée le premier sommet européen exclusivement voué à la politique étrangère. Plutôt que de blâmer le désintérêt américain, l'étoile montante des institutions européennes préfère traquer ailleurs la cause du mal: «L'Europe a aujourd'hui des outils de politique étrangère, encore faudrait-il qu'elle se dote d'une véritable vision stratégique», dit-il. Elle doit apprendre «à décider vite et à agir vite» pour devenir un partenaire crédible.

Bref, l'Europe, c'est encore beaucoup de discours et bien peu d'idées claires. Le diagnostic est sûrement partagé de l'autre côté de l'Atlantique.

http://www.lefigaro.fr/international/2010/07/15/01003-20100715ARTFIG00557-l-europe-se-plaint-du-desinteret-d-obama.php

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